Au Pakistan, une enfant chrétienne trisomique 21 arrêtée pour blasphème

Publié le par Florymawit

Au Pakistan, une enfant chrétienne trisomique 21 arrêtée pour blasphème

Les faits remonteraient au 17 avril dernier. Selon les uns, l’enfant était en train d’alimenter un feu pour la préparation du repas quand quelqu’un est entré et a cru la voir brûler des pages sacrées ; selon les autres, elle aurait ramassé un exemplaire d’un livret servant à apprendre les bases de l’arabe et du Coran, le Noorani Qaida, et l’aurait jeté aux ordures. Sitôt l’accusation connue au sein de la population, des musulmans se sont rassemblés à plusieurs reprises pour obtenir la punition de Rimsha. Dans le bidonville de Mehrabad où vit l’enfant avec sa famille et 800 autres chrétiens, la colère des musulmans a conduit au départ temporaire de plusieurs de ces croyants qui se sont réfugiés chez des proches avant de regagner peu à peu leurs maisons. La jeune Rimsha est pourtant handicapée, selon Tahir Naveed Chaudhry, responsable de l’APMA (All Pakistan Minorities Alliance), qui assure que l’enfant est atteinte de trisomie 21, une maladie limitant les facultés intellectuelles de ceux qui en sont atteints (1). L’âge de Rimsha ainsi que sa maladie auraient dû plaider en sa faveur.

Le lynchage même pour des personnes souffrant de déficience intellectuelle

La foule réclame la punition de Rimsha, c’est-à-dire qu’elle ne demande pas un procès qui établisse les faits. Ni même un procès qui tienne compte, si les accusations sont démontrées, de circonstances atténuantes comme l’âge ou le handicap mental privant d’un réel discernement. Déjà en juillet dernier, à Bahawalpu, une foule avait battu à mort un handicapé mental, musulman, accusé d’avoir brûlé des pages du Coran avant de brûler sa dépouille. 2 000 manifestants, qui réclamaient que la police leur livrât Ghulam Mohiuddin, avaient pénétré de force dans les locaux des forces de sécurité avant de mettre à mort le malheureux dont un agent public a dit qu’il était si limité qu’il ne savait même pas où il habitait.

Le radicalisme de ces musulmans conduit à refuser de considérer autre chose que la profanation du Coran, qu’elle soit préméditée ou accidentelle, le fait d’une personne saine d’esprit ou de quelqu’un de mentalement dérangé. Seul l’acte compte. Plus encore, seule l’accusation de sacrilège suffit.

Le refus du procès, l’exigence de la peine capitale

Les musulmans radicaux du Pakistan ne recherchent pas la vérité en cas d’accusation de blasphème, le verdict est déjà connu dès la dénonciation, c’est la mort. Dans le cas de Ghulam Mohiuddin, les émeutiers avaient donné le choix aux policiers : ou ces derniers exécutaient le détenu, ou c’étaient eux qui le feraient. Dans un autre cas désormais mondialement connu, celui d’Asia Bibi, cette mère de famille condamnée à la pendaison pour blasphème, le journal pakistanais The Express Tribune du 21 janvier 2012 rapporte que l’accusateur d’Asia Bibi a dit regretter sa dénonciation, mais les islamistes ont refusé qu’il se rétracte et annoncé qu’elle serait tout de même tuée. De fait, si les musulmans fanatiques peuvent éventuellement accepter un procès, il doit conclure à la culpabilité de l’accusé, ce qui n’est par définition par un procès, avec toute une procédure de recherche de la vérité. Pour les radicaux, le sacrilège est si grave que tout droit ne peut qu’être retiré à l’accusé qui ne peut être placé que sous la loi de Lynch, que ce soit au cours d’un simulacre de procès ou lors de sa mise à mort dans la rue. Une vingtaine de personnes ont ainsi été assassinées par des islamistes, certaines après avoir été relaxées.

La loi pakistanaise condamne pénalement le blasphème depuis 1986 et des centaines de personnes ont été condamnées sur son fondement. Dans le cas de la petite Rimsha, la police affirme agi dans son intérêt : « Nous avons dû enregistrer l’affaire rapidement pour éviter une situation déplaisante », ce qui est tout à fait possible mais apparemment maladroit, le Women’s Action Forum estimant que les autorités auraient dû s’appuyer sur la législation quant aux mineurs et non sur celle relative au blasphème. De plus, selon le porte-parole du mouvement, Tahira Abdullah, la détenue n’a pas eu droit à la visite d’un avocat.

Le Président du Pakistan, Asif Ali Zardari, a diligenté une enquête au sujet de cette affaire. En mai dernier, il avait affirmé sa volonté d’en finir avec les abus de la loi sur le blasphème. Amnesty International a demandé aux autorités pakistanaises de protéger Rimsha, et divers pays, dont la France, se sont exprimés en sa faveur. Islamabad sait qu’elle risque de se retrouver avec une nouvelle affaire « Asia Bibi » sur les bras.

(1) Certains porteurs du chromosome supplémentaire à l’origine de ce déficit intellectuel peuvent cependant obtenir de très bons résultats scolaires, ainsi cette étudiante qui a soutenu un mémoire de Maîtrise en Economie ou ce bachelier qui a obtenu la note maximale.

Droit d’auteur : JD Amadeus d’Aigre de Ruffec

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La loi pakistanaise condamne pénalement le blasphème depuis 1986 et des centaines de personnes ont été condamnées sur son fondement. Dans le cas de la petite Rimsha, la police affirme agi dans son intérêt : « Nous avons dû enregistrer l’affaire rapidement pour éviter une situation déplaisante », ce qui est tout à fait possible mais apparemment maladroit, le Women’s Action Forum estimant que les autorités auraient dû s’appuyer sur la législation quant aux mineurs et non sur celle relative au blasphème. De plus, selon le porte-parole du mouvement, Tahira Abdullah, la détenue n’a pas eu droit à la visite d’un avocat.

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