Il est le potier, je suis l’argile

Publié le par Florymawit



 Que dirons-nous donc? Y a t-il en Dieu de l’injustice ? Certes non ! … Toi plutôt, qui es-tu pour discuter avec Dieu ? Le vase modelé dira-t-il au modeleur : pourquoi m’as-tu fait ainsi ? Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même pâte un vase destiné à l’honneur et un vase destiné au mépris ? Ainsi donc les bénédictions de Dieu ne dépendent pas avant tout de nos efforts ; l’homme a beau vouloir les acquérir et faire tout son possible pour les avoir : tout découle de la compassion divine - La Bible (Rm 9.14-16).
Ce texte révèle à mon esprit une vérité qui correspond parfaitement à ce que j’ai pu penser et vivre au cours de mes 32 années. Née au cœur de l’Auvergne dans les hauteurs du Cantal, je n’ai acquis la nationalité française qu’à ma majorité. De père autrichien et de mère américaine sans oublier ma grand-mère italienne, j’ai toujours su profiter des avantages que représentaient mes origines. J’ai voyagé, étudié à l’étranger, découvert de nombreuses cultures, je parlais anglais à la maison et la télé était remplacée par les visites régulières d’amis suisses, allemands, anglais ou américains.

L’autre aspect atypique que constitue ma famille est l’activité de mes parents missionnaires et pionniers où mon papa, unique Pasteur Protestant dans un rayon de plus de 50 km au départ, arpentait les routes du Cantal à la rencontre des autochtones et délivrait la bonne Parole. Il s’attachait aussi à améliorer leurs conditions précaires de l’époque par la distribution d’habits usagers que ma mère préparait soigneusement, et n’hésitait pas à retrousser ses manches pour aider les fermiers dans leurs lourdes tâches. Financièrement nous vivions de dons et ne savions jamais ce que le mois suivant nous réservait et pourtant Dieu a toujours pourvu…

De par la vie particulière qui m’était offerte, l’existence de Dieu était une évidence et il ne m’est jamais venu à l’esprit de remettre en question quoi que ce soit. J’étais pourtant consciente qu’au-delà de l’éducation et de la manière dont Dieu opérait dans notre famille, la vrai foi restait personnelle et correspondait à un choix que personne ne pouvait faire à ma place. Ce choix, que j’appelle conversion – non à une religion mais au Dieu vivant de la Bible – je l’ai fait alors que j’avais 17 ans car j’ai compris que j’avais beaucoup plus à gagner en me confiant à celui qui saurait m’orienter et m’accompagner sur le chemin de la vie : Jésus-Christ. Il est donc devenu mon compagnon privilégié et fait aujourd’hui partie intégrante de ma vie. Je suis toujours stupéfaite de voir combien sa présence est apaisante et vient simplifier les existences complexes que nous nous attachons à mener.

Cette confiance placée en Dieu m’a sans aucun doute aussi permis de mieux comprendre et accepter certaines épreuves qui n’arrivent pas qu’aux autres et dont les Chrétiens ne peuvent se prétendre épargné. J’ai toujours été reconnaissante des bénédictions qui s’offraient à moi, et paradoxalement je souffrais de ne pouvoir en faire bénéficier mon frère de 3 ans mon aîné, à qui la vie ne semblait rien offrir.

Mon frère dont je garde un souvenir de grande complicité dans mon enfance a toujours dû lutter, galérer, faire face à une société qui ne lui convenait pas et ne le comprenait pas. Sa vie ressemblait en tout au mot ECHEC où s’accumulaient souffrance et dépression. Allant d’échec scolaire en échec scolaire, de petits boulots en petits boulots, il n’avait pas ou très peu d’amis et présentait des comportements troublants.

Mes parents et moi-même avons appris à vivre avec cette situation et bien souvent nous nous sommes sentis démunis et désemparés cherchant à répondre au mieux aux souffrances exprimées. Ce n’est que très tard, alors que mon frère avait plus de 20 ans, que les professionnels de la santé ont commencé à nous éclairer sur les troubles qu’il pouvait présenter : psychose, schizophrénie ou encore troubles bi-polaires. Ces maladies ayant été pendant très longtemps tabous, nous avions jusque-là subi les nombreux « diagnostics » des uns et des autres qui n’apportaient souvent que confusion.

Une prise en charge plus médicalisée a permis à mon frère d’être soulagé sans pour autant faire des miracles, chose pour laquelle il était entièrement conscient. Bien souvent il me partageait les conclusions de ses réflexions philosophiques qui pour beaucoup auraient parus être farfelues et dénuées de sens et qui, je l’avoue, requéraient beaucoup de patience ! Il s’attachait à lire la Bible et à dégager des vérités qui s’éloignaient des arguments conventionnels et des raisonnements types ce qui, en apparence, auraient pu le placer dans la catégorie des « hérétiques ».

Et pourtant je me rappelle d’un jour où, l’écoutant, je me suis rendu compte que mon frère Laurent était beaucoup plus juste que je ne pouvais l’être et que sa relation particulière et unique avec Dieu avait beaucoup plus de valeur que ce que j’avais moi-même pu développer jusque-là.

Ce fut une grande leçon d’humilité pour ma part et un soulagement certain car j’avais compris qu’au travers d’une vie de souffrance pouvait sortir le meilleur aux yeux de Dieu alors que l’incompréhension de sa vie restait entière pour ce qui nous concernait. C’est dans ce sens que le texte partagé en introduction – et que je vous invite à relire – prend toute son ampleur.

Mon frère a choisi de nous quitter en 1999 alors qu’il allait sur ses 30 ans. Sur sa tombe nous lui avons laissé les paroles de son philosophe préféré, Blaise Pascal :

La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts, pour montrer qu'elle n'en est que l'image.

Cette citation est illustrée par une fleur qui traverse la brèche d’un mur en pierre. C’est la réalité vécue et celle que Laurent a également déclarée dans un témoignage écrit, découvert après son décès : « Le Dieu omnipotent prévaut et en sa personne on saisit la solution certaine ».

Source : Lueur Anita Labelle

 

Publié dans Exhortations

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