LA DEPRESSION SPIRITUELLE

Publié le par Florymawit


LA DEPRESSION SPIRITUELLE

 

Introduction

« Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui souffre, et la vie à ceux qui ont l'amertume dans l'âme, qui espèrent en vain la mort, et qui la convoitent plus qu'un trésor, qui seraient transportés de joie et saisis d'allégresse, s'ils trouvaient le tombeau? A l'homme qui ne sait où aller, et que Dieu cerne de toutes parts? Mes soupirs sont ma nourriture, et mes cris se répandent comme l'eau. Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive; ce que je redoute, c'est ce qui m'atteint. Je n'ai ni tranquillité, ni paix, ni repos, et le trouble s'est emparé de moi » (Job 3.20-26).

Il est étrange et paradoxal de constater que la dépression - qui est le plus commun des malaises inorganiques - reçoive une attention si mince dans la plupart des livres de relation d'aide écrits d'un point de vue chrétien. Même les meilleurs ouvrages n'échappent pas à cette observation. Ceci est sûrement dû à l'incertitude largement répandue quant à la cause de la dépression, et aussi aux multiples formes de mélancolies qui défient les théories les plus courantes du traitement de cet état d'abattement psychologique.

Suivant les études, on estime le risque de présenter une dépression majeure au cours de la vie entre 10 et 25% pour les femmes et de 5 à 12% pour les hommes. En Occident, une personne sur 5 en serait affligée au cours de sa vie.

L’Organisation Mondiale de la Santé pense que vers l’an 2020, la dépression deviendra la 2ème cause de mort et d’incapacité.

Selon le psychiatre Brian Bexton, elle peut atteindre toute classe de la population :
- 20% des femmes souffriront de dépression ;
- 10% des hommes en seront atteints ;
- 1 enfant sur 7 entre 6 et 11 ans ;
- 1 enfant sur 6 entre 12 et 14 ans ;
- la dépression est la cause 1ère du haut taux de suicide chez les jeunes ;
- tous les peuples sont égaux devant la dépression, peu importe la race et la religion.

La dépression a toujours existé. L’un des témoignages les plus anciens à ce sujet est certainement le livre de Job, que l’on estime dater de plus de 3000 ans. Mais on en trouve trace également dans la littérature profane :

- Au 4ème siècle avant Jésus-Christ, Hippocrate, considéré comme le père de la médecine moderne, a été un des premiers à en faire une description clinique. Il la désignait sous le terme « mélancolie » (= bile noire en grec).

- Au 2ème siècle après Jésus-Christ, Plutarque décrit le comportement fataliste que l’on rencontre chez beaucoup de personnes dépressives en ces termes : « Un tel homme se voit comme une personne que les dieux détestent et poursuivent de leur colère. Il n’utilise aucun moyen pour éviter, prévenir ou remédier à ce mal, de peur de se retrouver en guerre avec les dieux. » Aujourd’hui encore, certains chrétiens confrontés à la dépression ont cette fausse croyance que Dieu prend un plaisir capricieux à les accabler ainsi, ce qui n’a bien sûr rien à voir avec la réalité.

Il paraît inconvenant de parler de chrétiens confrontés à la dépression ; mais contrairement à ce que l’on a parfois pu s’imaginer, les chrétiens ne sont pas exempts de ce mal ! De nombreux chrétiens passent la majeure partie de leur vie dans l’abattement. Aujourd’hui par contraste avec le monde, le chrétien parait trop souvent déprimé et communique une impression de tristesse et d’étroitesse. Croire que le fait d’être chrétiens nous immunise définitivement contre la dépression est irréaliste et conduit à faire preuve de préjugés à l’égard des frères et sœurs qui souffrent de ce mal.

Nous trouvons dans la Bible plusieurs exemples d’hommes dont la foi en Dieu était profonde et qui ont traversé des périodes dépressives :


 - David : « Aie pitié de moi, Eternel ! Car je suis sans force; Guéris-moi, Eternel ! Car mes os sont tremblants. Mon âme est toute troublée; Et toi, Eternel ! Jusqu’à quand ?  Je m'épuise à force de gémir; Chaque nuit ma couche est baignée de mes larmes, Mon lit est arrosé de mes pleurs.  J'ai le visage usé par le chagrin; Tous ceux qui me persécutent le font vieillir. » (Psaume 6.2-8)


- Elie : « Pour lui, il alla dans le désert où, après une journée de marche, il s'assit sous un genêt, et demanda la mort, en disant, C'est assez ! Maintenant, Eternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères. » (1 Rois 19 : 4)


- Jérémie : « Pourquoi suis-je sorti du sein maternel Pour voir la souffrance et la douleur, Et pour consumer mes jours dans la honte? » (Jérémie 20:18)


- Job : Job 3/1-3 et 20-26 : "Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. 
Il prit la parole et dit : Périsse le jour où je suis né, Et la nuit qui dit: Un enfant mâle est conçu! "
"Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui souffre, Et la vie à ceux qui ont l'amertume dans l'âme, Qui espèrent en vain la mort, Et qui la convoitent plus qu'un trésor, Qui seraient transportés de joie Et saisis d'allégresse, s'ils trouvaient le tombeau?

A l'homme qui ne sait où aller, Et que Dieu cerne de toutes parts ? Mes soupirs sont ma nourriture, Et mes cris se répandent comme l'eau. Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive; Ce que je redoute, c'est ce qui m'atteint. Je n'ai ni tranquillité, ni paix, ni repos, Et le trouble s'est emparé de moi."

Pourtant, souvenons-nous de ce que Dieu dit de Job au chapitre 1 verset 8 ! « L'Éternel dit à Satan: As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'y a personne comme lui sur la terre; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. »

L’histoire de l’Eglise ne manque pas non plus d’exemples d’hommes de foi qui ont connu la souffrance de la dépression :

- Charles Spurgeon (1834-1892), pasteur de l’Eglise londonienne « Le Tabernacle » qui comptait plusieurs milliers de membres, passait fréquemment par des périodes dépressives profondes qui l’empêchaient d’entreprendre quoi que ce soit durant des journées entières, au point qu’il envisagea même de renoncer à son ministère de prédicateur. Durant ces temps d’angoisse, il ne pouvait accomplir tout travail intellectuel ou spirituel qu’au prix d’une lutte acharnée. « Les roues du chariot n’avancent que péniblement » avait-il l’habitude de soupirer. Lui à propos de qui on a dit que la prière était aussi naturelle à son esprit que la respiration à son corps déclarait alors : « Même la prière me semble être une véritable corvée. »

- Martin Luther (1483-1546), le réformateur, connut lui aussi des périodes de profonde dépression : « Pendant plus d’une semaine », écrit-il, « j’étais aux portes de la mort et de l’enfer. Je tremblais de tous mes membres. J’avais totalement perdu le Christ. J’étais submergé par le désespoir et le désir de blasphémer. » La dépression de Luther a parfois été si profonde qu’il craignait de prendre un couteau dans sa main par peur de ce qu’il pourrait en faire. Luther connut de tels moments de dépression jusqu’à sa mort, bien après sa découverte de la pleine signification de ce texte : Le juste vivra par la foi. (Romains 1:17), qui eut lieu vers 1513.

- Timothy Rogers (1658-1728) était un pasteur londonien à la foi profonde et très compétent. Connaissant une grave dépression, il vécut une telle détresse qu’il « abandonna tout espoir en l’intervention divine » et en vint à « croire qu’il était un vase de colère destiné à la perdition et créé pour la manifestation de la glorieuse justice du Tout-Puissant. »
L’état de Rogers s’améliora petit à petit, ce qui est généralement le cas dans le type de dépression qui l’affectait, et de nombreux chrétiens l’entourèrent et prièrent pour lui. Après son épreuve, Rogers eut à cœur de venir en aide aux dépressifs et écrit plusieurs ouvrages. En particulier, la préface de son « Discours sur les troubles psychiques et la maladie de la mélancolie » peut encore être considérée aujourd’hui comme l’un des meilleurs textes sur la relation d’aide auprès des chrétiens déprimés.

Les exemples ne manquent donc pas ! Aussi nous faut-il abandonner l’Idée fausse n°1 : « Si un chrétien passe par la dépression, c’est qu’il manque de foi. »

Il faut beaucoup insister sur ce point parce que, devant la souffrance d ‘une personne dépressive, on a parfois tendance à avoir des réflexes d’autoprotection. Parce que cette souffrance nous rend perplexes, nous fait peur (voir verset ci-dessous) ou que nous nous sentons impuissants devant elle, nous sommes tentés d’évacuer le problème en nous réfugiant dans des explications toutes faites, comme celle que nous venons de citer. « De même maintenant vous n'êtes rien; vous avez vu un objet de terreur, et vous vous êtes effrayés. » (Job 6:21)

Néanmoins, souvenons-nous que la personne qui traverse une période dépressive est hypersensible à ce que nous pouvons dire sur le sujet. Nous pouvons considérablement la blesser et rajouter à sa peine si nous sommes habités par la fausse idée précédente et si nous lui suggérons qu’elle manque de foi ! Job a souffert de l’attitude de ses amis : « Si réellement vous voulez vous élever contre moi et faire valoir mon opprobre contre moi, » (Job 19:5)

Il est par contre exact que la désorganisation intérieure causée par la dépression peut amener le chrétien à être en difficulté par rapport à sa foi ; mais ceci est donc une conséquence et non une cause de la dépression ! Ainsi, les épisodes dépressifs de Luther s’accompagnaient toujours, selon ses propres paroles, « de la perte de la foi en un Dieu bon, bon pour moi. »

Dans le même ordre d’idées, face à une personne dépressive, on peut être tenté de s’abriter derrière l’Idée fausse n°2 : « Si une personne est dans un état dépressif, c’est qu ‘elle manque de force de caractère. »
Pourrait-on prétendre que le roi David, les prophètes Elie et Jérémie ou encore le notable Job (Job 29 : 7-10 et 25) manquaient de personnalité ? De même pour Luther ou Spurgeon ! Oserait-on dire que Winston Churchill ou Abraham Lincoln étaient dépourvus de caractère ? Ils souffrirent tous deux de dépression pendant toute leur vie.

Là encore, il faut veiller à ne pas inverser cause et conséquence en prétendant que la personne connaît la dépression parce que c’est une personne faible alors qu’en réalité la personne se sent privée de toute force à cause de la maladie dépressive.

Cela est important d’avoir les idées au clair sur ce sujet afin d’être en mesure d’accueillir convenablement les personnes souffrant de dépression au sein de l’Eglise locale : « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » (Romains 15:7)

Christ ne nous a pas accueillis avec des soupçons injustes mais avec une véritable compassion !

Si la personne dépressive est sensible aux préjugés des autres, ceux dont elle souffre le plus, ce sont … les siens ! Très souvent, elle va refuser de voir la réalité de son état dépressif en face, ne pouvant admettre qu’une telle chose lui arrive, se souvenant de ce qu’elle avait pensé d’autres personnes passant par la dépression, ayant peur d’être rejetée ou de ne pas s’en sortir. Le problème est que, pour la dépression comme pour d’autres difficultés, ce déni, ce refus de reconnaître la réalité, va retarder la guérison. En effet, comme nous le verrons plus tard, le premier pas sur le sentier de la guérison est de reconnaître que l’on souffre de dépression.
Voilà pourquoi il est important de bien définir la dépression et d’en préciser les symptômes, afin d’aider la personne à reconnaître la maladie.

Définition 

Bien que la dépression soit l’un des troubles psychologiques les plus courants, il n’est pas très facile de la définir. En effet, le mot « dépression » est devenu une sorte de terme fourre-tout, dont on se sert pour désigner toute une gamme de difficultés émotionnelles, certaines n’ayant en fait rien à voir avec la maladie dont nous nous entretenons et que l’on désigne parfois par l’expression « dépression majeure » pour être précis.

La dépression ne doit pas être confondue avec une déprime passagère. Dans la vie de tout un chacun, il y a des hauts et des bas et nous connaissons tous des temps occasionnels de déprime, ce qui est normal. On ne parle de dépression que si certains symptômes (que nous détaillerons plus bas) se prolongent pendant plus de 15 jours. Nous trouvons une indication que Job a effectivement connu la dépression dans le verset suivant : Ainsi j'ai pour partage des mois de douleur, J'ai pour mon lot des nuits de souffrance. (Job 7:3)


En outre, il ne faut pas assimiler à une dépression les réactions émotionnelles normales que nous vivons en réponse à certaines difficultés. Par exemple, lorsque nous subissons une perte (deuil, chagrin d’amour, chômage, déception…), nous passons par toute une série d’étapes émotionnelles qui constituent ce qu’on appelle le travail de deuil. C’est là un processus normal et non pas de la dépression. Néanmoins, il peut arriver que la perte soit suivie d’une dépression ; dans ce cas, la perte est l’élément déclencheur mais la dépression a en réalité d’autres causes. En d’autres termes, la maladie couvait depuis longtemps et se manifeste maintenant, à la suite du traumatisme déclencheur.


La dépression est un état d’abattement, de tristesse, de perte d’intérêt ou de plaisir qui a la particularité d’être résistant à ce qui nous remonte habituellement le moral, lorsque nous ne souffrons pas de cette maladie.

La dépression résiste aux efforts de la personne pour se raisonner (« ça va passer »), se motiver («je vais me reprendre en mains »), ainsi qu’aux encouragements communs que les autres peuvent lui apporter (« allez, courage, ça ira mieux demain ») ; pour cette dernière raison, elle est éprouvante pour l’entourage de la personne dépressive qui ne comprend pas pourquoi ses tentatives de réconfort n’ont pas l’effet escompté.

En fait, la dépression provoque un trouble de l’humeur que la personne est incapable de corriger facilement ; c’est important de le comprendre pour éviter l’Idée fausse n°3 : Les gens sont dépressifs parce qu’ils s’apitoient sur leur sort. 

Là encore, c’est l’inverse qui est vrai : bien que ce ne soit pas son comportement habituel, une personne se met à s’apitoyer sur son sort comme conséquence de la maladie dépressive.
Archibald Alexander (1772-1851), le 1er professeur de la Faculté de Théologie de Princeton, a très bien décrit ce phénomène de résistance de la dépression (appelée mélancolie à l’époque) dans son livre « Réflexions sur l’expérience religieuse » :

« Lorsque la mélancolie religieuse s’installe et se prolonge, elle s’inscrit parmi les pires calamités qui s’abattent sur notre faible nature. Elle résiste à tout argument et rejette toute consolation qu’elle qu’en soit l’origine. Elle se nourrit de détresse et de désespoir et s’insurge contre toute suggestion ou toute offre de soulagement. L’esprit qui en est atteint s’empare des pensées et des vérités les plus effroyables et les plus terrifiantes. L’esprit mélancolique se complaît ainsi dans toute doctrine qui exclut l’espoir ; il s’en empare avec une avidité peu naturelle et refuse de s’en défaire. »
A cause de ce phénomène de résistance, il ne suffit donc pas de quelques paroles rapides d’encouragement pour soutenir efficacement une personne dépressive. Si la personne va mieux parce que vous lui avez dit « Allez, le Seigneur est bon, ça va aller », c’est qu’elle n’était pas dépressive ! Soutenir une personne dépressive est plus exigeant que cela.

Les amis de Job avaient certainement de bonnes intentions mais leurs paroles furent inappropriées pour l’aider : « Car vos paroles ne sont que maximes de cendre et vos réponses des ouvrages d’argile » (Job 7 :3)

Job prit la parole et dit : « J'ai souvent entendu pareilles choses; Vous êtes tous des consolateurs fâcheux. » (Job 16:1-2)

Voici quelques erreurs à éviter dans un contact avec une personne qui souffre de dépression :
- manifester une gaîté forcée pour la dérider ; cela l’agacera.

- inversement, s’apitoyer sur son état ; cela l’inquiétera et la fera sombrer plus bas.

- l’exhorter à réagir, à faire preuve de volonté ; si elle en était capable, elle ne serait pas dépressive!
- prétendre qu’elle va mieux alors qu’il n’en est rien. Il vaut mieux l’assurer que, même dans la détresse où elle se trouve, Dieu est toujours près d’elle.

- la bombarder de versets bibliques ; dans son état, elle peut les interpréter négativement.

Nous définirons plus précisément la dépression la fois prochaine en utilisant le modèle médical ; celui-ci se réfère à une liste de symptômes que nous examinerons en détail.

Dr Floribert Mawit D.Min

Publié dans Enseignements

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article