La foi plus forte que la mort

Publié le par Florymawit

Si le suicide fut longtemps sévèrement jugé par les Églises, il est aujourd’hui considéré avant tout comme un acte de désespoir. Rétablir les liens avec Dieu et avec les autres, et aider la personne à prendre conscience du prix de sa vie, sont les tâches prioritaires.

Dans la plupart des sociétés, la vie humaine a une valeur inestimable. Toute organisation sociale a pour but d’aider les humains à vivre aussi bien que possible et à les garder de tout ce qui détruit ou dégrade la vie.

Il s’ensuit que le meurtre est interdit et lourdement sanctionné. Dans le cas du suicide, c’est-à-dire d’un meurtre contre soi-même, quelle sanction pourrait-on appliquer? Et quel sens peut avoir une interdiction? Celui qui met fin à sa vie se place par ce geste en dehors de la société et de ses lois. On peut parfois chercher à l’empêcher de passer à l’acte, mais s’il réussit à mettre fin à sa vie, il échappe aux juridictions humaines.

Hier et aujourd’hui: regard chrétien sur le suicide

Les Églises ont généralement porté un jugement sévère sur les suicidés. Les humains ne sont pas maîtres de leur propre vie. Ils en sont responsables devant Dieu. C’est à Dieu seul qu’appartient le droit de mettre fin à une vie. C’est pourquoi les Églises ont le plus souvent considéré le suicide comme une faute impardonnable, puisqu’il est un péché dont on ne peut pas se repentir.

Aujourd’hui de nombreux chrétiens tempèrent ce jugement sans appel.

D’une part, le suicide est le plus souvent le geste d’une personne qui se trouve enfermée dans une souffrance et un désarroi tels que son jugement et donc sa responsabilité sont fortement amoindris. Si l’acte du suicide est dû à une décision personnelle, la perte du courage de vivre, le désespoir qui a conduit à cet acte est subi et non choisi.

D’autre part, il n’est pas juste de juger un homme sur un acte isolé, aussi grave soit-il. Ce qu’il fait dans un moment décisif, ne révèle qu’une partie de ce qu’il est. Le jugement de Dieu ne se fonde pas sur un seul moment, mais sur l’ensemble d’une vie. Et la grâce divine, qui couvre la multitude des péchés, est assez large pour inclure ceux qui mettent fin à leur vie.

Saül et Judas

La Bible parle peu du suicide. Deux des cas évoqués méritent cependant notre attention: ceux de Saül, le premier roi d’Israël (1 Samuel 31.1-6) et de Judas, le disciple de Jésus qui a livré son maître (Matthieu 27.3-5 et Actes 1.16-19). Dans ces deux exemples, le suicide est dû à un échec irrémédiable et surtout au sentiment d’avoir trahi la confiance que Dieu avait accordée à ces hommes. Ils sont l’exemple d’une culpabilité non rattrapable, d’un honneur perdu pour avoir voulu faire les choses à leur façon et non selon Dieu et d’avoir ainsi été cause d’une catastrophe.

La rupture des liens

Le suicide est presque toujours l’aboutissement d’un désarroi et d’un désespoir qui semblent sans issue. Il est souvent lié à une dépression, un profond découragement, une angoisse insurmontable. Il est comme la signature d’un échec total, d’une vie ratée, qui n’a plus de sens.

Divers facteurs peuvent contribuer à pousser quelqu’un au suicide, mais le plus fréquent est la rupture des liens qui unissent aux autres et plus spécialement aux proches, à ceux dont l’amour a le plus de prix. L’impossibilité de communiquer avec les autres, la rupture avec un être cher, la perte d’un amour, le sentiment d’être abandonné, de ne compter pour personne, ce sont là les raisons les plus souvent évoquées par ceux qui se donnent la mort: «je suis seul; je voudrais être écouté, mais je n’intéresse personne; je ne sers à rien, je ne manquerai à personne». La dépréciation personnelle, le sentiment d’avoir raté sa vie, d’avoir déçu les autres et surtout ceux dont l’opinion comptait le plus, favorisent aussi les suicides, entre autres chez les chômeurs, qui se sentent inutiles puisque personne n’a besoin de leur travail.

Ce qui peut aider les déçus de la vie, les hommes et les femmes tentés par le suicide, ce n’est pas une interdiction ou des menaces, mais bien plutôt la parole, le dialogue, l’écoute, la communication, bref tout ce qui peut contribuer à affaiblir le sentiment d’abandon ou de rejet.

Chacun est relié à beaucoup d’autres

Mais la prévention du suicide n’est pas simplement, ni même surtout, une affaire de dernière minute. Elle est un aspect d’une éducation, où chacun accepte de ne pas considérer seulement ses propres sentiments ou ses seuls intérêts, mais aussi ceux des autres. Celui qui décide de s’ôter la vie accomplit un acte éminemment personnel. Il agit dans la solitude. Ses motifs profonds restent en grande partie cachés au regard des autres, qui ne peuvent les comprendre qu’en partie. D’où le désarroi, l’incompréhension des proches, parents, amis, collègues devant un acte qui les prend au dépourvu et qui les blesse. "Comment est-ce possible? Je ne comprends pas".

Chacun est relié à beaucoup d’autres par de multiples liens et ne peut vivre que grâce à ces liens qui se sont tissés avec beaucoup d’autres. «Nul n’est une île», isolée du reste du monde. Nul ne peut dire: "Ma vie m’appartient, à moi seul. J’en fais ce que je veux. Cela ne regarde pas les autres". Si ma vie ne regardait que moi, comment se fait-il que mes parents m’aient nourri, soigné, aimé? Que des amis aient accepté de me consacrer du temps, de partager avec moi des moments de joie ou de peine? Chaque suicide est une cause de grande tristesse, de désarroi et de culpabilité pour ceux qui restent. C’est une partie d’eux-mêmes qui leur est arrachée. En aidant les autres, et d’abord nos enfants, à comprendre qu’ils sont redevables à d’autres qu’à eux-mêmes de la vie qu’ils ont reçue, nous les aidons à résister aux tentations de mort.

Le prix de notre vie

En outre, l’Évangile nous apprend qu’aux yeux de Dieu, il n’y a pas de vie, fut-ce la plus misérable, qui ne vaille pas la peine d’être vécue. Nous avons tous du prix aux yeux de Dieu, qui en est le créateur et le protecteur, même si nous n’en avons plus à nos propres yeux. La valeur d’une vie ne dépend pas de sa réussite ou de son utilité sociale, mais de l’amour qui l’entoure et la porte. En m’ôtant la vie, j’attriste et je blesse le Père qui m’a tant aimé qu’il a donné son Fils afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle (Jean 3.16). Le suicide est au fond un manque de foi en Dieu. On peut comprendre que certaines circonstances rendent cette foi difficile. Mais l’assurance que nous donne la Bible, c’est que Dieu ne désespère jamais de nous, qu’il a en réserve pour chacun «un avenir et une espérance». Une telle foi est plus forte que la mort.

Nul ne peut dire: "Ma vie m’appartient à moi seul"
Pas de vie, fut-ce la plus misérable qui ne vaille pas la peine d’être vécue
   

Pasteur Robert Somerville

Construire Ensemble, www.lueur.org

Publié dans Enseignements

Commenter cet article