La recherche biblique, entre vigilance et discernement

Publié le par Florymawit

La recherche biblique, entre vigilance et discernement

 
Éviter un malentendu

Le chrétien qui entend parler de recherche biblique peut déjà pressentir la parenté que ce terme implique avec une démarche de type scientifique. Les expressions synonymes de science biblique ou critique biblique le soulignent de manière plus explicite, éveillant peut-être l’inquiétude du croyant. La confiance et l’obéissance dues à la Parole du Seigneur seraient-elles compatibles avec la critique ?

Le développement de la recherche biblique au cours des deux derniers siècles (19e et 20e) suit l’influence de la modernité sur la pensée occidentale. Celle-ci se défie des croyances fondées sur la tradition ou l’autorité religieuse et réclame un examen objectif pour établir les faits, étayer des hypothèses, élaborer des théories.

Pour éviter un malentendu, il faut souligner d’une part que jamais, même dans la pensée des critiques les plus radicaux, il n’est question de réduire Dieu et la foi à cet examen objectif. D’autre part, les éléments les plus matériels du donné biblique (manuscrits, langue, forme littéraire, histoire) sont l’objet d’une étude raisonnée bien antérieure à l’avènement de la modernité. Le problème crucial que pose la recherche biblique moderne n’est donc pas de savoir s’il y a ou non dans la Bible matière à une recherche de type scientifique, mais bien d’en déterminer les limites et surtout la méthode propre à son objet, pour que l’étude reste compatible avec la démarche de foi que la Parole divine requiert de la part du lecteur.

Les risques de la critique

Les effets les plus remarqués de la critique biblique depuis le 19e siècle ont été la remise en cause de l’unité de composition des livres bibliques, de leur date de rédaction, de la réalité des faits rapportés, de la cohérence théologique de l’ensemble.

Les coups ainsi portés à la crédibilité du message scripturaire ne sont pas d’intensité égale. L’unité de composition n’est pas un critère indispensable de canonicité à en juger par l’existence dans la Bible de collections évidentes comme le livre des Psaumes ou celui des Proverbes. Une rédaction plus tardive ne diminue pas nécessairement la fiabilité d’un texte : plus les derniers versets du Deutéronome sont tardifs et plus ils sont pertinents (Dt 34.10-12).

Il est cependant évident, dans la plupart des cas, que le caractère composite prêté au texte mine la cohérence de son propos ou la fiabilité de son rapport. L’hypothèse d’une datation exilique d’une partie d’Ésaïe ou la datation maccabéenne de la fin de Daniel font de ces écrits, explicitement énoncés comme prophéties, des textes rédigés après-coup. Le refus de croire possible une annonce authentique de l’avenir se double du soupçon inéluctable de supercherie : comment nommer autrement la prétention à dire l’avenir une fois qu’il est arrivé ? Quant à dire de faits rapportés qu’ils ne se sont pas produits, alors même que l’auteur biblique les présente comme une démonstration décisive de la puissance de Dieu, voilà qui ne peut être sans incidence sur la foi du lecteur, pour autant qu’il soit honnête !

Tributaire de la modernité, la recherche biblique ne manque pas de subir des effets de la crise qui l’affecte depuis la fin du 20e siècle et que l’on nomme communément post-modernité. La critique biblique, considérée il y a peu comme seule approche scientifique du texte, passage obligé de toute exégèse sérieuse, qu’on ne pourrait éviter sans être taxé d’obscurantisme ou de parti pris fondamentaliste, se voit ramenée à plus de modestie. Existe-t-il seulement une lecture objective ? L’effort laborieux pour circonscrire le sens, récuser les interprétations abusives, paraît illusoire et réducteur face au chatoiement des lectures multiples, au surgissement imprévu des effets de sens. Les jeux rabbiniques sur les consonnes, leur valeur numérique, jadis exemples patents de fantaisie irrecevable, se voient promus au rang de traits distinctifs de l’interprète éclairé : le travail que l’on prétendait sérieux a fait place aux jeux de sens.

N’allons pas imaginer un douloureux retour sur soi, une repentance sincère. Ce serait plutôt le contraire ! La post-modernité, en insinuant le doute sur la recherche de la vérité objective, au lieu de freiner la critique en a plutôt décuplé les possibilités, les énergies, voire l’arrogance. On n’hésite plus à taxer de propagande tendancieuse la version biblique de l’histoire d’Israël (cf. La Bible dévoilée de l’archéologue Israël Finkelstein et du vulgarisateur Neil Asher Silberman). Il y a une dizaine d’années, un bibliste anglais saluait dans les nouvelles tendances de l’étude biblique un mouvement vers une critique à visage découvert, authentiquement critique, formulant explicitement son refus des valeurs véhiculées par le texte.

Un effort nécessaire

Face à ces développements anciens et récents de la recherche biblique, le chrétien évangélique qui croit à la Parole divine et veut s’y soumettre aurait tort de chercher refuge dans l’ignorance volontaire ou une séparation quasi schizophrénique entre la foi et l’étude objective. C’est par la volonté de Dieu que sa Parole, confiée à ses messagers du passé, a pris une forme accessible à l’étude. Loin d’être un luxe inutile et dangereux, l’étude est l’effort nécessaire du croyant pour discipliner sa pensée et son cœur dans l’écoute du texte. C’est lorsqu’elle cesse d’être cet effort sur soi et sert de prétexte au pouvoir que s’arroge le chercheur sur le texte et contre le texte qu’elle produit les fruits amers que l’on vient de constater. Mais en dépit de ces dévoiements inacceptables, la recherche biblique des derniers siècles a fait progresser de manière importante la connaissance du texte et son interprétation : découverte et comparaison des manuscrits bibliques, connaissance des langues bibliques, des littératures anciennes, découverte de nouveaux documents historiques, étude de la structure du texte, de ses procédés de composition, mise en évidence de fautes de méthode caractéristiques dans l’interprétation des textes. Grâce à Dieu, pour poursuivre nos investigations, nous n’en sommes pas réduits à bénéficier du seul travail accompli par des chercheurs dont l’orientation théologique serait parfaitement adéquate. Vigilance et discernement s’imposent, mais quel aspect de notre vie chrétienne échapperait-il à cette exigence ?

Source : Construire Ensemble Pr. Emile Nicole

Publié dans Enseignements

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