....Mais la plus parfaite de toutes est l'amour.

Publié le par Florymawit

Ces trois choses restent, la foi, l'espérance et l'amour; mais la plus parfaite de toutes est l'amour." (1 Cor 13, 13) L'amour ne nous est pas appris seulement en paroles, elle nous est appris encore en exemples. La première leçon qui nous en est donnée, c'est par la manière dont nous avons été créés. Dieu forma le premier homme et Il ordonna que tous les autres naquissent de celui-ci, afin que nous nous regardions comme une seule et même famille et que nous persévérions dans des sentiments d'amour les uns vis-à-vis des autres. Après cela Il s'est servi des échanges pour entretenir cet amour mutuel; de quelle manière, je vais vous le dire : En comblant la terre de biens, Il a donné à chaque contrée une espèce particulière de fruits; de la sorte, les besoins que nous avons nous attirent les uns vers les autres, nous livrons à nos semblables le superflu que nous avons, nous en recevons ce qui nous manque, et ainsi, s'entretient l'amour. La même mesure, Dieu l'a appliquée aux individus. Il n'a pas permis à chacun de tout savoir; mais l'un connaîtra la médecine, l'autre l'art de bâtir, l'autre une autre chose, de façon que, ayant besoin les uns des autres, nous nous aimions de façon que, ayant besoin les uns des autres, nous nous aimions mutuellement.

Il en est de même pour les dons spirituels, à ce que nous apprend l'Apôtre : "L'un reçoit le don de parler avec sagesse, l'autre celui de parler avec science, l'autre celui de prophétie, l'autre celui de guérir, l'autre celui de parler diverses langues, l'autre celui de les interpréter." (1 Cor 12,8-10) Cependant il n'y a rien au-dessus de l'amour, et c'est pourquoi il la préfère à tout le reste en ces termes : "Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophétie, et quand je pénétrerais tous les mystères, quand j'aurais une foi capable de transporter les montages, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien." (1 Cor 13,1-2) Il ne s'arrête pas encore là; et il déclare que la mort pour la religion ne lui servirait de rien s'il n'avait l'amour. Ce n'est pas sans motif qu'il exalte cette vertu à ce point; il savait, cet observateur des commandements de Dieu, il savait parfaitement que là où cette vertu a jeté de profondes racines, les fruits de toutes sortes de biens ne tardent pas à se montrer. En effet, ces commandements : "Tu ne commettras point l'impureté, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne diras pas de faux témoignage," et tous les autres quels qu'ils soient, sont impliqués dans ce commandement capital : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (Ex 20,13-16; Lév 19,18; Gal 5,14) Mais pourquoi nous appesantir sur ces considérations d'un ordre peu élevé, tandis que nous garderons le silence sur des considérations d'un ordre sublime ? C'est l'amour qui a fait descendre jusqu'à nous le Fils bien-aimé de Dieu, qui l'a fait habiter et converser avec les hommes, chasser les terreurs de l'idolâtrie, publier la religion véritable, instruire les hommes à s'aimer les uns les autres. "Dieu a tellement aimé le monde, dit l'évangéliste Jean, qu'Il a donné son Fils unique afin que quiconque croira en Lui ne périsse pas, mais obtienne la vie éternelle." (Jn 3,16) Aussi Paul, dans l'ardeur de son amour, laissa-t-il échapper ces paroles célestes : "Qui nous séparera de l'amour du Christ ? Sera-ce la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, le péril, le glaive ?" (Rom 8,35) Et, dédaignant ces obstacles, sans importance à ses yeux, il en signale de plus redoutables : "Non, poursuit-il, ni la vie, ni la mort, ni le présent, ni l'avenir, ni tout ce qu'il y a de plus haut, ni tout ce qu'il y a de plus profond, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur." (Ibid., 38-39) Rien n'était donc capable d'éteindre dans l'âme de ce bienheureux l'amour qui l'embrasait, ni le ciel, ni la terre; toutes ces choses, il les dédaignait pour le Christ. De même, si nous examinions la vie des autres saints, nous trouverions que l'amour a toujours été pour tous le principe de leur crédit sur le coeur de Dieu.

C'est l'amour qui vous découvre dans le prochain un autre vous-même, qui vous apprend à vous réjouir de sa prospérité comme de la vôtre, à gémir sur ses infortunes comme sur vos infortunes propres. C'est l'amour qui fait de nous tous un seul corps et de nos âmes autant de tabernacles du Saint Esprit; car cet Esprit de paix aime à se reposer, non là où règne la division, mais là où règne l'union entre les coeurs. C'est l'amour qui fait des biens de chacun les biens de tous, comme nous l'enseigne le Livre des Actes : "La foule des fidèles n'avait qu'un coeur et qu'une âme. Aucun d'eux ne considérait ce qu'il possédait comme lui appartenant; mais toutes choses leur étaient communes; on les distribuait à chacun selon ses besoins." (Ac 4,32-35) Quelle muraille formée de pierres énormes et fortement cimentées les unes avec les autres, pourrait par sa solidité et sa masse, braver aussi bien les efforts de l'ennemi que cette société d'hommes s'aimant entre eux et unis les uns aux autres par les liens de la plus parfaite harmonie ! Les assauts du démon lui-même viendront se briser contre une telle muraille. Et certes je le comprends. Oui, tous ceux qui se présenteront à ses attaques étroitement pressés les uns contre les autres, sans qu'aucun passe jamais à l'ennemi, seront victorieux de ses stratagèmes, et pourront dresser les brillants trophées de l'amour. De même que les cordes d'une lyre, quel qu'en soit le nombre, exhalent les plus mélodieux accents lorsqu'une main savante en harmonise les sons; de même les âmes qu'unit l'harmonie des sentiments exhalent les suaves accents de l'amour. Voilà pourquoi Paul recommandait aux fidèles de rechercher dans leurs paroles, dans leurs pensées, les mêmes sentiments, d'estimer les autres supérieurs à eux-mêmes, de façon à ce que l'ambition ne chassât point l'amour, et que tous, luttant de modestie entre eux, vécussent dans une concorde sans nuage.

"Soyez, dit-il, par l'amour les serviteurs les uns des autres. - Car toute la loi se résume en une seule parole : Vous aimerez le prochain comme vous-mêmes." (Gal 5,13-14; Lev 19,18; Ph 2,3 et 3,16) Celui qu'anime l'amour ne veut pas seulement ne pas commander, il veut de plus être commandé; il lui est moins doux de commander que d'obéir. Celui qu'anime l'amour aime mieux octroyer une grâce que de la recevoir, être le créancier d'un ami que d'en être à cet égard le débiteur. Celui qu'anime l'amour, tout en voulant faire du bien à son ami, ne voudrait point paraître le faire; car, tout en voulant tenir le premier rang par la bienfaisance, il ne voudrait point que cela fût connu. Peut-être quelques-uns d'entre vous ne comprennent pas ce que je dis; essayons de l'éclaircir par un exemple. Notre miséricordieux Seigneur voulait nous donner son Fils; afin de paraître, non pas nous faire une grâce, mais s'acquitter d'une dette, il ordonne à Abraham de sacrifier son enfant : de cette manière, quand Il sacrifierait le Sien, Il ne semblerait pas octroyer un bienfait, mais payer une dette, dans les richesses infinies de sa Bonté. Je n'ignore pas que ceci paraît étrange à plusieurs : la raison en est que je parle d'une chose dont le ciel est maintenant la patrie; car, si je parlais d'une plante qui croît en Inde, et que personne n'aurait pu connaître par expérience, je n'arriverais point à la dépeindre fidèlement, quelque soin que j'y consacrasse; de même, quoi que je dise, ce sera du temps perdu, parce que l'on ne comprend pas le sujet que je traite. Il s'agit, je le répète, d'une plante qui ne fleurit que dans le ciel. Mais, si nous le voulons, elle fleurira aussi en nous; et c'est pour cela que l'on nous enseigne à dire au Père des cieux : "Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel;" (Mt 6,10)

N'allons donc pas nous imaginer qu'il ne nous est pas possible de posséder ce bien. Oui, cela nous est vraiment possible, si nous voulons pratiquer la vigilance, si nous voulons surtout pratiquer toute sorte de vertus. C'est notre volonté libre qui nous dirige, et non la fatalité du destin, comme quelques-uns le supposent; et c'est à vouloir ou ne pas vouloir qu'est le bien ou le mal. Voilà pourquoi le Seigneur nous a promis son royaume d'un côté, et de l'autre nous a menacés de ses châtiments. Or, Il n'eût pas agi de la sorte avec des êtres rivés à la fatalité; car ces deux ordres de choses ne concernent que des actes émanés de la volonté. Le Seigneur ne nous eût pas non plus donné des lois et des conseils, si nous eussions été retenus dans les liens du destin. Mais, comme nous sommes libres et les arbitres de notre propre volonté; comme c'est la négligence qui nous rend mauvais, et le zèle qui nous rend bons, Il a jugé nécessaire de nous préparer ces remèdes, et de nous amener soit à nous amender, soit à pratiquer la sagesse, par la crainte de ses châtiments et l'espèrence de son royaume. Indépendamment de ces preuves, nous trouverons dans notre propre conduite des faits qui démontrent que nous ne sommes les instruments aveugles ni du destin, ni de la fortune, ni de la nature, ni du cours des astres. Car, si tels étaient les principes véritables de nos actions, et non pas la liberté humaine, pourquoi donc battriez-vous de verges votre esclave voleur ? pourquoi traîneriez-vous au tribunal votre épouse adultère ? pourquoi rougissez-vous en faisant des choses déraisonnables ? pourquoi ne pouvez-vous pas supporter une seule parole injurieuse ? pourquoi, lorsqu'on vous traite d'adultère, de débauché, d'intempérant, appelez-vous cela une outrage ? S'il n'y a du côté de la volonté aucune faute, ni votre action n'est un crime, ni ce que l'on vous dit une injure. Dès lors que vous êtes sans pitié pour les gens vicieux, que vous avez honte vous-même en faisant le mal, que vous cherchez à vous cacher, et que vous qualifiez de détracteurs ceux qui vous reprochent votre conduite; par toutes ces choses vous déclarez que la nécessité n'enchaîne pas notre vie, et que nous avons la dignité que donne la liberté. Lorsqu'il s'agit de personnes soumises à la nécessité, nous savons bien user d'indulgence. Qu'un possédé lacérât notre manteau, nous assaillît de coups, loin d'en tirer vengeance, nous gémirions et nous nous apitoierions sur son état. Et pourquoi cela ? Parce qu'il n'aurait point agi librement, et qu'il aurait été l'instrument de la violence du démon. Nous excuserions de même toute autre action opérée sous l'influence de la fatalité; et c'est parce que nous sommes convaincus de la nullité de cette influence, que ni les maîtres ne pardonnent à leurs esclaves, ni les hommes à leurs femmes, ni les femmes à leurs maris, ni les pères aux enfants, ni les maîtres aux disciples, ni les princes aux sujets, et qu'au contraire nous sommes inexorables dans la recherche des crimes de nos semblables, et que nous en poursuivons de même la punition, recourant aux tribunaux, mettant en oeuvre les châtiments corporels et les reproches, et prenant toute sorte de moyens pour délivrer du mal ceux à qui nous nous intéressons. A nos enfants, par exemple, nous donnons des gouverneurs, nous leur imposons des maîtres, nous employons les menaces, les fouets, et une infinité d'autres moyens, afin de les former à la vertu.

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