Mardi 17 mai 2 17 /05 /Mai 00:01

euros defunt Jésus disait à ses disciples : « Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. Si vous n'avez pas été dignes de confiance avec l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ?
« Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s'attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. »
Les pharisiens, eux qui aimaient l'argent, entendaient tout cela, et ils ricanaient à son sujet. Il leur dit alors : « Vous êtes, vous, ceux qui se présentent comme des justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs, car ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu. »

 Lc 16,9-15

 

L'argent d'iniquité                                                                                                                    

 

"Faites-vous des amis avec l'argent d'iniquité".

 

En s'appuyant sur cette parole de Jésus, certains seraient prêts à dire: "Tout argent est malhonnête; tout argent doit nous brûler les doigts".

Il est probable que le Christ ne leur donnerait pas raison. Car Jésus de Nazareth a connu la belle fierté de l'homme qui gagne sa vie par le travail de ses mains. Il savait le juste prix de l'ouvrage bien fait, et comme tout artisan consciencieux il comptait sur son salaire, sachant bien que Marie l'attendait aussi, sans rien dire. Par ailleurs la petite troupe des disciples était organisée: elle avait un économe, un peu trop près de ses sous, il est vrai. Devenu esclave de l'argent, il a trahi son vrai Maître. Rappelons-nous aussi ces quelques femmes qui suivaient Jésus, depuis les débuts en Galilée, et "beaucoup d'autres qui l'aidaient de leurs ressources" (Lc 8,3). Treize hommes, cela ne vit pas de l'air du temps! Jésus, sans aucun doute, a apprécié l'aide de ces femmes, et ne leur a pas dit: "Votre argent, gardez-le: il est malhonnête!"

 

Alors, quel est, aux yeux de Jésus, "l'argent d'iniquité"?

 

C'est celui qui est gagné malhonnêtement, bien sûr; mais aussi celui qui devient une puissance aveugle d'injustice ou d'oppression, et surtout l'argent qui réduit en esclavage celui qui le possède ou celui qui le désire. C'est pourquoi Jésus n'emploie pas le mot ordinaire pour nommer l'argent, mais le mot mâmôn, qui, dans le judaïsme au temps de Jésus désignait la richesse, le gain (souvent le gain mal acquis), mais aussi les sécurités illusoires de ce monde, opposées à la confiance des "pauvres" d'Israël en leur Dieu

 

Une fois précisé le sens de "l'argent d'iniquité", on s'aperçoit que ce passage de l'Évangile nous donne un résumé de tout l'enseignement de Jésus sur l'argent.

 

Tout d'abord l'argent doit servir à nous faire des amis, qui nous accueilleront comme des frères dans la vie future, là où l'argent ne sera plus nécessaire, ni pour nous, ni pour eux. Cela rejoint peut-être une autre parole de Jésus: "Amassez-vous des trésors dans le ciel" (Mt 6,19).

Jésus souligne ensuite que notre honnêteté dans les choses de la terre permet à Dieu de nous faire confiance pour les intérêts du Royaume. D'abord gérants des biens de ce monde, nous devenons peu à peu associés de Dieu dans le grand travail de la rédemption. Voilà "le bien véritable", notre bien, celui des fils et des filles, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ.

Enfin, dit Jésus, "aucun serviteur ne peut servir deux maîtres". C'est doublement impossible: parce qu'on n'a pas le temps et parce que pour l'un des deux le cœur n'y sera pas. La mise en garde de Jésus est générale: les deux maîtres sont peut-être aussi bien Dieu et la gloriole humaine, Dieu et l'amour-propre, Dieu et l'égoïsme, Dieu et la jouissance, Dieu et la vie facile, ou encore Dieu et la volonté de puissance; mais Jésus insiste sur un exemple particulier: "Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mâmôn", donc Dieu et le gain, Dieu et les sécurités immédiates.

Il est bien vrai qu'un jour viendra pour chacun de nous qui rendra brusquement inutiles toutes nos possessions et dérisoire toute servitude de l'argent; mais cette certitude ne doit entamer ni notre confiance en Dieu ni notre ardeur à le servir dans le quotidien qu'il nous donne. L'important est "qu'au milieu des changements de ce monde nos cœurs  s'établissent fermement là où sont les vraies joies" (Oraison du XXIe dimanche).

 

Jésus disait:  "Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur" (Lc 12,34).

Quand nous prenons conscience que notre cœur n'est plus avec Dieu, n'est plus à Dieu, ou n'est plus à Dieu qu'en passant, la question à nous poser est très simple: où est le désir qui m'accapare? où est pour moi l'autre trésor?

 

Père Jean

 

 

Pour aller plus loin je vous conseille la lecture des pères de l'Eglise sur ce sujet, de centesimus annus (extrait ci-dessus), du compendium de la doctrine sociale de l'Eglise chapitre VII,la vie économique.

Et j'ai bien aimé l'homélie du frère Thibaut (faut il béatifier Jérôme Kerviel !). Extrait.

 

Homélie donnée à la cathédrale de Tours le dimanche 19 septembre 2010 .

 

Un jeune homme désireux d’entrer au monastère d’Ennaton fut interrogé par un ancien qui voulait savoir jusqu’à quel point il était décidé à abandonner le monde.
- Si tu avais trois pièces d’or, les donnerais-tu aux pauvres ?
- De tout cœur, Abba.
- Et si tu avais trois pièces d’argent ?
- Bien volontiers !
- Et si tu avais trois pièces de cuivre ?
- Non, Abba.
- Et pourquoi ? demanda l’ancien, stupéfait.
- Parce que j’ai, en effet, trois pièces de cuivre.

 

Ce pouvoir de l’argent sur nous est ce que le Christ résume dans une formule synthétique : « On ne peut servir Dieu et l’argent ». Cette traduction écrase un peu le texte grec. Dans celui-ci, c’est le mot Mamon qui est utilisé. « Mamon » est un mot araméen qui, tout en signifiant bien « argent », le personnifie en le désignant comme une puissance qui prétend se substituer à Dieu. Autrement dit, Mamon a la prétention de devenir un dieu, une idole qui, comme telle, va exercer sur nous un réel pouvoir. Nous l’avons vu par la petite histoire que j’ai racontée, il contrôle déjà notre agir. Plus fondamentalement encore, il nous impose aussi sa propre représentation du monde, celle d’un monde profondément injuste et inégal. Dans le monde du Dieu Mamon, il y a ainsi d’un côté ceux qui peuvent sacrifier à cette idole insatiable et puis il y a les autres, ceux qui précisément ne le peuvent par parce qu’ils n’ont plus rien, parce qu’ils sont pauvres. Cette logique, si nous n’y prenons garde, elle peut devenir facilement nôtre. Nous pouvons ainsi considérer que cette répartition entre riches et pauvres est finalement légitime car inévitable. Je peux ainsi penser que ma vie, à moi qui suis né en France, dans un milieu plutôt favorisé, cette vie à plus de valeur que celle d’un Africain, que celle d’un pauvre qui vit dans une favela au Brésil. Aux yeux de Dieu est-ce pourtant bien le cas ? Bien sûr que non ? Le Dieu de Jésus-Christ vient nous le rappeler. Il vient nous dire que ce pauvre placé à terre dans cette peinture que nous avons dans notre cathédrale, a autant de valeur que ce valeureux soldat, Saint Martin, légèrement condescendant, qui ne descend pas même de son cheval pour remettre la moitié de son manteau à ce mendiant écroulé au sol. L’artiste qui a fait cette peinture est peut-être un peu trop familier du dieu Mamon. L’évangile et les pères de l’Église nous indiquent en tout cas un tout autre chemin.

 

Saint Ambroise remarquait ainsi que « le pain que nous mettons en réserve est le pain de celui qui a faim, le vêtement que nous rangeons à l'abri est le vêtement de celui qui est nu, l'argent que nous plaçons en lieu sûr est la rançon qui pourrait racheter un pauvre. » Basile le Grand, de son côté, comparait les riches qui gardent plus que ce dont ils ont besoin à des gens qui loueraient tous les sièges d’un théâtre, empêchant du même coup tous les autres de voir la pièce. Pour les disciples du Christ, c’est une autre logique qui s'impose à nous : tout être humain a le droit d'avoir accès aux biens de la création et si, pour survivre, il doit prendre ce qui appartient à un autre, alors il est en droit de le faire. Dans la IIa, IIae, 66, 2, Saint Thomas, qui pourrait ici chanter l’Internationale, rappelle en ce sens que le droit de propriété n’est jamais un droit absolu. Les pauvres ont en conséquence un droit sur les biens des riches puisque la création de Dieu appartient à tous.

 

Si nous allons un peu plus loin, ce qui nous rapprochera de notre conclusion, ne vous inquiétez pas, le dieu Mamon nous invite aussi à considérer que tout est finalement une question d’argent, tout a un prix. Oui, l’argent neutralise tout : les choses et les biens. Vous avez un rein malade, et bien pourquoi ne pas en acheter un. Vous voudriez avoir un enfant, mais votre vie active ne permet pas une grossesse qui, de plus, viendrait alourdir votre silhouette et réduire à néant les heures passées dans une salle de sport. Alors, pourquoi pas ne pas s’offrir les services d’une mère porteuse et, si elle est pauvre, vous ferez en plus une bonne action. Et bien, voilà cette logique que nous impose le dieu Mamon, cette puissance insidieuse qui subvertit nos valeurs. Fabrice Hadjadj l’illustre par cette petite anecdote savoureuse. Père de famille, il explique à son fils pendant des heures le sens de la fête de Noël : la naissance du Christ, l’incarnation du Sauveur dans ce nourrisson fragile qui nous est confié. Le lendemain, ce même fils vient voir son père triomphant avec une feuille de journal à la main : c’est la page 125 du catalogue Jouet Club. Oui, il a fait son choix, ce sera la dernière version de Super Mario qu’il veut à Noël. Adieu le mystère de la nativité ! Dans le monde du dieu Mamon, tout devient marchandise. L’important, c’est de faire des affaires ! Alors comment réagir face à ce dieu envahissant ?

Et bien, l’évangile nous donne une réponse : faites-vous des amis avec l’argent d’iniquité. Jacques Ellul, le grand philosophe et théologien protestant, l’exprimait dans une très belle formule en nous invitant à « profaner le dieu argent ». Le profaner, c’est se jouer de lui, c’est avoir cette liberté qui peut s’exprimer, par exemple, par la générosité. Oui, soyez généreux, partagez votre argent pour témoigner ainsi de votre pouvoir sur l’argent. J’ouvre ici une parenthèse. Dans les paroisses, on aime généralement bien ce genre d’évangile pour les liturgies dominicales parce qu’il s’avère être d’un très bon rapport pour la quête ! Quand le prêtre a parlé pendant dix minutes sur la générosité, je ne sais pas pourquoi, mais les fidèles se montrent toujours plus généreux ! Et c’est bien finalement ! Si la générosité est donc une bonne réponse, il en est peut-être aussi une autre que vous, tous les scouts ici présents, vous vivez : c’est la gratuité dans votre engagement ; ce sont tous ces temps que vous passez ensemble, dans la fraternité, dans l’amour et le respect de la nature ; ce sont les camps que vous avez faits cet été avec des budgets ric-rac, avec de l’ingéniosité, de la simplicité, avec l'esprit de service. Oui, c'est cela profaner l'argent.

 

J’ajouterai pour éclairer notre évangile une dernière illustration. Cette semaine est aussi la rentrée de plusieurs Equipes Notre Dame. Dans celle que j’accompagne et dans les différents groupes où je suis, j’ai eu plusieurs beaux témoignages de jeunes prêts à faire des sacrifices sur un salaire pour se ménager une vie familiale. D’autres vont même jusqu’à quitter une profession bien rémunérée pour se lancer dans une activité plus utile pour la société, même si les fins de mois sont alors un peu plus difficiles. Et bien, c’est précisément ce que veut nous dire aujourd’hui le Seigneur dans sa parabole, c’est cela que signifie l’expression « profaner le dieu argent ».

- À la synagogue, raconte, le Rabbi Naphtali de Ropshitz, j’ai parlé au public de toutes mes forces : en effet, en cette veille de la Pâque juive, les pauvres sont démunis de tout et ils ont mille besoins.
- Et quel résultat as-tu obtenu ?
- La moitié de ce que j’ai demandé : les pauvres sont prêts à accepter les dons. Mais j’ignore encore si les riches sont, eux, prêts à donner.

 

Le fr. Thibaut du Pontavice, du couvent de Tours, est vicaire de la Paroisse Saint Maurice (Cathédrale de Tours).

 

 

Et avec le père Alain prions ce WE et pourquoi pas pendant toute la période de l'Avent pour nos frères d'Irak et plus généralement d'Orient. Et dépouillons nous un peu de notre superflus à leur profit.

source:conference Saint Vincent de Paul

Par Florymawit - Publié dans : Exhortations - Communauté : Ta Parole est la vérité
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