Si je n'ai pas l'humour?

Publié le par Florymawit


Si je n'ai pas l'humour?

«Donne-moi Seigneur le sens de l'humour. Donne-moi la grâce de savoir discerner une plaisanterie. D'extraire de la vie quelques bonheurs pour le passer à d'autres gens» (prière attribuée à Thomas More).
Si Salomon avait été candidat à la présidentielle aurait-il demandé la sagesse à son Dieu, ou tout simplement un peu d'humour pour gouverner son peuple?!
Une société humoristique

Dans une société où l'humour est devenu une qualité exigée (un écran protecteur et un moyen cool pour se mettre en scène), comment peut-on se permettre en effet de ne pas avoir d'humour? Impossible d'ignorer cette forme moderne du rire; cet adoucissement du comique qui ne rejette rien mais se moque de tout, qui abolit la lourdeur et la gravité vers une banalisation relax promue au rang de valeur culturelle. À tel point qu'il existe même des stages d'humour qui vous initient "à la puissance magique de l'humour" en quatre jours (et 300 euros!).

Alors qu'il s'agissait, au Moyen Âge de savoir si le chrétien avait le droit de rire (et si Jésus avait ri), aujourd'hui la question est plutôt de savoir si nous pouvons rire de tout...

Ils ont la bouche pleine de méchanceté mais toi Seigneur tu te mets à rire d'eux (Ps 59.9).

Jésus a-t-il ri?

Même si nous ne pouvons pas définitivement trancher, nous constatons que les évangélistes n'ont pas signalé d'éclat de rire, alors qu'ils ont évoqué les larmes de Jésus, sa colère, sa compassion face aux malades ou encore sa tristesse. Pouvons-nous, pour autant, imaginer un Jésus triste et solennel? N'oublions pas qu'il accomplit son premier miracle (de l'eau transformée en vin!) lors d'un mariage (!). Ses disciples ne jeûnent pas puisqu'ils sont en présence de l'époux, et qu'ils sont donc appelés à se réjouir (Mt 9.15). N'oublions pas, non plus, que la Bible nous présente Dieu le Père se riant des méchants (Ps 2.4)! Enfin, le fait que Jésus n'ait pas ri ne veut pas dire qu'il n'avait pas d'humour. Certains notent même que Jésus a parlé, tantôt avec l'ironie mordante des prophètes, tantôt avec l'humour d'un rabbi (notamment en reprenant de nombreux thèmes risibles présents dans les écrits talmudiques) et toujours avec l'autorité du Père. En effet, il ne s'agit pas de faire de Jésus un humoriste, mais de reconnaître que sa parole était assaisonnée de sel et qu'il pouvait être piquant et souriant. Enfin, qui pourrait affirmer que Jésus n'a jamais ri ou plaisanté avec certains de ses disciples ou avec des enfants?!

« On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui » (Pierre Desproges) Peut-on rire de tout?

Même les pères de l'Église, qui ont condamné le rire, (certainement pour marquer une séparation nette d'avec l'esprit de ce monde), ont certainement ri en privé et ne se sont pas privés de faire rire (!).
Synésios de Cyrène écrit en 414 un éloge de la calvitie. Tertullien, si sévère vis à vis du théâtre et du rire, écrit: « Si l'on rit parfois, c'est le sujet qui le méritera. Bien des idées doivent être combattues de cette façon: le sérieux les valoriserait. La vérité peut rire car elle est heureuse, elle peut se moquer de ses rivales car elle ne craint rien. Attention sans doute à ce que son rire ne soit pas ridicule en perdant sa dignité. Mais partout où il ne conviendrait pas à la dignité, le rire est un devoir». Quant à Clément d'Alexandrie, il précise, (au second siècle), concernant le rire, qu'il ne s'agit pas de supprimer ce qui est naturel à l'homme mais bien de le maîtriser. Alors que les «fous de Dieu» décident de communiquer le sérieux sous des apparences folles et dérisoires, Bernard de Clairvaux, réhabilite, au 12ème siècle, le rire honnête (eutrapelia), et condamne aussi bien l'incapacité à s'amuser (agrochia) que le rire excessif (bomolochia)! Quant à Erasme, il dédie son Éloge à la folie à Thomas More, et se défend d'être trop léger ou trop mordant: « ces délassements, nécessaires à l'homme d'étude, ne sont pas tant des morsures que des conseils, puisqu'ils critiquent la vie des hommes sans nommer quiconque».
Napoléon Roussel (19ème siècle), auteur d'un formidable ouvrage destiné aux prédicateurs (Comment il ne faut pas prêcher), reprend cette idée à son compte et montre combien la caricature doit être globale et anonyme. N'est-ce pas ce que font la plupart des proverbes bibliques et n'est-ce pas ce qui manque à la plupart de nos caricatures contemporaines!?
Ainsi ce n'est peut-être pas tant le sujet abordé que le type de rire et la motivation du « faiseur de rire »... Rire de tout mais pas n'importe comment, ni avec n'importe qui!

Qu'avez-vous eu de moins que les autres églises sinon que je ne vous ai point été à charge? Pardonnez-moi cette injustice (L'apôtre Paul aux Corinthiens, 2 Co 12.13).

Rire et humour bibliques

En hébreu biblique, il existe deux termes qui nous permettent de distinguer le rire joyeux et positif (sahaq) du rire de moquerie (lahaq). Pour le grec, on distingue aussi rire (gelan) et se moquer (rire contre, soit katagelan). Mais il est surtout question du rire des insensés et de celui des justes. Autrement dit, ceux qui se moquent de Dieu et de ses serviteurs peuvent bien rire (Jr 20.7-8; 2 Ch 30.10 et Lc 23.35); « rira bien qui rira le dernier »! Dieu ne se laisse pas narguer (Ga 6.7) et le croyant, comme la femme de valeur, pense à l'avenir en riant (Pv 31.25). Enfin, il est possible de repérer, au fil des textes, de nombreuses traces d'humour. Comment pourrait-il en être autrement dans ce monument de littérature, dans lequel les auteurs, inspirés par Dieu, ont mis tant d'eux-mêmes? Du détail amusant (Gn 24.30 et Ac 12.14-16) aux personnages risibles (Lc 19.1-10 et les pharisiens hypocrites), aux livres construits comme des comédies dramatiques (Jonas et Esther), en passant par le rire correcteur des proverbes (Pv 19.24; Pv 26.14; Pv 27.15; Pv 11.22), les paraboles savoureuses (2 Sam 14.1-24; Jg 9.7-15; 1 Co 12.17) et les jeux de mots (la plupart du temps malheureusement «perdus» dans les traductions), pour finir par l'ironie mordante des prophètes (1 R 18.27; Am 4.4; Es 46)... Et si Dieu nous invitait aujourd'hui à retrouver l'ironie mordante et militante des prophètes, la verve des sages et le sourire du Chris? Croire à nouveau en la vérité tout en redécouvrant nos limites! Car il ne peut y avoir d'humour chrétien sans amour: même si tu arrivais à faire rire les anges, sans amour, tu ne serais qu'une cloche...

« Ils ne sont pas tous libres ceux qui rient de leurs chaînes » (Lessing).

Tout est permis mais tout n'est pas utile!

Que Dieu nous vienne en aide et qu'il nous évite la pauvreté et la richesse (Pv 30.8-9), autrement dit l'incapacité à nous amuser et le rire excessif! Que nos paroles soient assaisonnées de sel, pleines de grâce (Col 4.6), sans propos grossiers, stupides ou scabreux (Ep 4.2). Le plus important, ce n'est pas de savoir rire de nos chaînes mais bien d'être libérés de ces chaînes et de trouver la vraie joie.

Source : Construire Ensemble Pasteur Pascal Gonzalez

 


Publié dans MEDITATION

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